Hommage au Père Auguste André (1941 à 1947)


Chers amis,

C’est avec une très grande émo­tion que je suis ici, aujourd’hui, devant vous, après ces années tumul­tueuses 39 – 45, que nous avons subies.

Enfants, nous aurions dû être incons­cients, jouer à des jeux d’enfants. NON ! Nous étions déjà conscients du dan­ger, constam­ment en alerte, sur le qui-vive. Chaque mot, chaque pas un peu bru­tal dans le cou­loir qui lon­geait les classes du « Col­lège », me met­taient en alerte, et à cet ins­tant je me répé­tais men­ta­le­ment de res­ter calme. Car il fal­lait men­tir, et ce men­songe devait paraître vrai aux yeux des autres. Et pen­dant ces ins­tants j’étais pris de panique et de peur.

Tout de suite je pen­sais au père supé­rieur, qui était le seul à savoir notre situa­tion. Il nous avait dit, avec sa voix si douce, qu’ici nous ne crai­gnions rien, car DIEU nous pro­té­geait. Le soir après le retour du col­lège, je deman­dais à ma mère qui était si reli­gieuse qu’elle me sem­blait tou­jours en prière : « Maman, quelle dif­fé­rence y a t il entre notre dieu et leur dieu ? » Elle répon­dait : « C’est le même Dieu. Les inter­pré­ta­tions et les rites sont dif­fé­rents mais Dieu se trouve dans notre cœur ».

Il faut vous dire que le père supé­rieur nous avait pla­cés mon frère et moi comme pro­tes­tants pour pré­ser­ver notre foi et nous pro­té­ger tout court. Il nous pré­sen­ta en classe comme « pro­tes­tants réfor­més » ; nous étions ain­si offi­ciel­le­ment « exemp­tés » des cours de caté­chisme. En fait, nous étions au fond de la classe. Vous devez vous deman­der pour­quoi je suis ici, aujourd’hui, après plus de 75 ans. Je peux vous dire qu’à chaque fois que je pas­sais dans la région, je m’arrêtais sur le cours Mira­beau devant les arbres où, à la Libé­ra­tion, furent pen­dus des col­la­bo­ra­teurs. Je pas­sais ensuite devant le « col­lège » pour mon­trer à ma famille le lieu de mon enfance.

Oui, aujourd’hui ma démarche est double. J’avais besoin de retrou­ver les traces et sou­ve­nirs de mon enfance après tant d’années ; ces repères m’étaient néces­saires. Je me suis donc mis en rela­tion avec le secré­taire de l’Association des anciens élèves du col­lège, dont je suis deve­nu membre.
Puis au fil du temps ma deuxième démarche deve­nait plus impor­tante que la pre­mière. Il s’agissait de remer­cier au tra­vers de notre asso­cia­tion le « col­lège » et sur­tout le père ANDRÉ qui avait su par son grand cœur pré­ser­ver notre iden­ti­té.

A la fin de la guerre, avant de repar­tir pour Paris, ma mère tenait abso­lu­ment à le revoir pour le remer­cier. Il nous dit alors : « Ne me remer­ciez pas, je n’ai fait que mon devoir ». Puis il ajou­ta de sa voix douce : « Que Dieu vous pro­tège ». Aujourd’hui nous posons cette plaque pour hono­rer le père André et le col­lège du Sacré-Cœur, qui a sau­vé des enfants israé­lites.

Je remer­cie tous ceux qui ont œuvré avec achar­ne­ment pour ce grand jour.
Et sur­tout Émile Julien qui a déployé toute son éner­gie pour cet évé­ne­ment.
Mer­ci..
- Mau­rice FAJERMAN